Blog de Pierre Albertini

lundi 26 septembre 2011

C'est arrivé...



Depuis la Ve République, le Sénat -qui fut en 1962 dans une vive opposition au Général de Gaulle- avait toujours penché à droite. Depuis dimanche soir, il compte une majorité de gauche, ce qui, au sein de la haute assemblée, est une petite révolution. Ce succès socialiste est avant tout la conséquence des élections locales perdues par le pouvoir en place : municipales, régionales puis cantonales. Mécaniquement, le collège sénatorial, issu des collectivités territoriales, n'a cessé d'enregistrer depuis 2008 le recul de l'UMP et de ses alliés. Mais on aurait tort de se contenter de cette explication car le succès attendu de la gauche a été amplifié par deux facteurs : beaucoup d'élus de petites communes ont voté avec leurs pieds. La réforme des finances locales, la création du conseiller territorial, le style présidentiel, tout cela ne passe pas. Et pour ajouter à la défaite, la division de la droite ici et là a offert à la gauche quelques sièges inespérés.

La réalité est que ce résultat, même préparé par les élections intermédiaires précédentes, est une défaite supplémentaire pour le président de la République et l'UMP, à huit mois des présidentielles. Il n'y a certes aucun lien entre le scrutin sénatorial (réservé aux notables) et le scrutin présidentiel (ouvert à tous les Français). C'est vrai. Mais, dans la course à l'Elysée, toutes les tribunes comptent. Le "plateau" du Sénat en fait partie. Les effets immédiats sur les rapports entre les pouvoirs publics seront modestes. L'Assemblée nationale peut, à la demande du Gouvernement, avoir le dernier mot dans la discussion législative. Quant à l'adoption de la "règle d'or", elle était déjà bien compromise, faute de réunir une majorité des 3/5. Les quelques textes importants (budget, loi de financement de la sécurité sociale) seront votés avant décembre puis le Parlement se mettra en sommeil législatif jusqu'au printemps prochain.

Les véritables effets du vote de dimanche se manifesteront après la présidentielle. L'orientation nouvelle du Sénat sera un point d'appui pour un président de gauche, en revanche, elle handicapera quelque peu un président de droite. Mais cette dernière hypothèse se réduit comme peau de chagrin au fil des mois. La popularité de Nicolas Sarkozy demeure faible (c'est la plus basse qui ait jamais été enregistré) et surtout il semble avoir perdu la main. "Il n'a plus la baraka" comme on dit outre-Méditerranée. C'est peut-être un tournant dans une compétition qui mobilise les états majors, à défaut de passionner pour le moment les Français.

jeudi 15 septembre 2011

Qui croire ?



L'une des causes du désarroi éprouvé, en France comme dans beaucoup de pays voisins, réside dans l'absence de crédibilité de la parole publique. Depuis la crise financière, on a eu droit à tous les discours possibles et imaginables, souvent rattrapés et démentis par les faits. Ainsi, on nous a successivement expliqué, en 2008, que les Etats reprenaient en main la situation, en venant au secours des banques, donc en protégeant notre épargne. Puis, à partir de 2009-2010, la "sortie de la crise" a été couramment évoquée comme si les errements passés n'étaient plus qu'un mauvais souvenir. Et je ne parle pas des propos contradictoires sur la nécessité de la rigueur, souhaitée par les uns et condamnée par les autres...

Aujourd'hui, on sent bien que l'édifice est fragile : la crise bancaire n'est pas derrière nous, l'endettement des Etats, accumulé au fil du temps, ne peut évidemment être réduit du jour au lendemain. Les plans d'aide à la Grèce se succèdent sans grand effet, la croissance est faible et le chômage élevé, en France comme aux Etats-Unis notamment. La dimension des problèmes est à la mesure de l'impuissance des Etats et de la cacophonie européenne. Les économistes, qui gagneraient à être plus humbles en ces temps d'incertitude et de volatilité, ont perdu toute crédibilité. Les responsables politiques n'en ont pas gagné non plus. Quelques exemples, de-ci-de-là. Qui pourrait croire, avec Martine Aubry, qu'on reviendra à la retraite à 60 ans en 2012 ? Qui pourrait croire qu'on peut sortir, seuls, d'une mondialisation qui fait dépendre notre économie de celle des autres ? Qui pourrait croire, avec le chef de l'Etat, que notre pays est définitivement à l'abri de toute faillite ? Qui pourrait croire, avec François Hollande, que l'on pourra recruter 12 000 enseignants de plus chaque année pendant 5 ans ? Qui pourrait croire, avec Angela Merkel, que la sortie du nucléaire est possible aussi vite sans débourser des sommes colossales qui nuiront à l'industrie allemande ? Je pourrais aisément compléter cette liste à la Prévert. Ce serait cruel.

Il ne faut pas s'étonner que les citoyens doutent lorsqu'on leur assène ainsi des discours aussi trompeurs, vite contredits par des réalités qui ont, chacun le sait, la vie dure.

lundi 5 septembre 2011

Le retour énigmatique de DSK



Après le feuilleton judiciaire à rebondissements du printemps et de l'été, DSK est de nouveau sur le sol français. On dit qu'il prépare une intervention publique dans les quinze jours qui viennent. Mais la partie est loin d'être gagnée. ll est frappant de constater l'évolution, voire le retournement, de l'opinion à son sujet. En mai, lorsque les images ont montré un homme menotté, abattu, rapidement emprisonné et traduit devant un juge, la majorité des Français penchait pour la thèse du complot. L'accusation était si grave, si soudaine que beaucoup de nos concitoyens y voyaient la main d'obscurs conspirateurs, hostiles soit à notre pays en général, soit à DSK en particulier.

Aujourd'hui, une fois l'émotion dissipée, le doute domine. Au point que le PS lui-même juge le point de vue de DSK "utile mais pas indispensable". Une invitation, à peine voilée, à ne pas afficher un retour triomphant et à se montrer discret sur la primaire en cours. Un soutien à Martine Aubry aurait peut-être le goût amer du "baiser qui tue". Tout cela résulte en partie du cours chaotique qu'a suivi cette affaire devant la justice américaine. Après la violence de l'accusation de viol et l'opprobre jeté sur un homme avant qu'il ne soit jugé, le procureur, faisant machine arrière toute, a finalement renoncé à toute poursuite pénale à l'encontre de DSK. Qu'il ait reconnu son erreur initiale est plutôt à mettre à son crédit. Dans notre pays, la mécanique judiciaire a encore beaucoup de mal à réorienter une procédure mal engagée et à reconnaître un emportement excessif. Mais, faute de procès pénal et de jugement, on ne dispose aujourd'hui d'aucune vérité (même si la vérité judiciaire n'est pas absolue). L'abandon des poursuites pénales ne blanchit pas DSK. On a toujours deux versions opposées de ce qui s'est produit dans la suite du Sofitel, à New York : celle de la femme de ménage parlant de viol et celle de l'ex-directeur du FMI évoquant une relation sexuelle consentie.

Entre les deux versions, le doute est permis. Qui croire ? Le procès civil, s'il a lieu, apportera peut-être des éléments de réponse. Mais il est possible, sinon probable, qu'une transaction amiable intervienne avant. On éprouve donc un immense gâchis. Si DSK est innocent, son honneur a été sali et sa carrière politique interrompue brutalement. S'il est coupable, le revirement du procureur l'aura dispensé, injustement, de rendre des comptes. Quoi qu'il en soit, un rebond immédiat de DSK est inconcevable. Rien n'interdit cependant de penser qu'il se produira, un jour ou l'autre. Les Français ont la mémoire courte. Qui aurait misé, par exemple, sur un retour au premier plan de François Mitterrand après la rocambolesque affaire de l'"Observatoire" ?