samedi 8 octobre 2011
Ils ont évidemment raison
Par Pierre Albertini, samedi 8 octobre 2011 à 20:21 :: General
Jusqu'ici, je n'ai guĂšre Ă©voquĂ© mon rapport Ă la religion. La laĂŻcitĂ©, fondement de la RĂ©publique, implique en effet une sĂ©paration entre la sphĂšre publique (celle de l'Etat) et la sphĂšre privĂ©e (celle des croyances individuelles). Mais depuis quelques semaines, des prĂȘtres du diocĂšse de Rouen, signataires de l'appel autrichien, ont ouvert un dĂ©bat auquel je voudrais faire Ă©cho. Dans notre pays, l'Eglise meurt Ă petit feu. Par peur de se remettre en question, de s'adapter aux Ă©volutions de la sociĂ©tĂ© dans laquelle est elle immergĂ©e. Son message n'a rien perdu de sa valeur, pour moi, mais il est de moins en moins perçu. A quoi sert donc la parole du Christ si elle n'est plus Ă©coutĂ©e ? Les JournĂ©es Mondiales de la Jeunesse ne sont que l'arbre qui cache la forĂȘt. Les Ă©glises se vident, les jeunes français (et europĂ©ens) qui se dĂ©clarent chrĂ©tiens sont aujourd'hui trĂšs minoritaires, la crise des vocations assĂšche la vie des paroisses, les pratiquants eux-mĂȘmes se composent une sorte de catĂ©chisme Ă la carte, respectant ce qui les arrange et rejetant ce qui les heurte ou leur demanderait un trop grand effort. A ce rythme, dans quelques dizaines d'annĂ©es, on ignorera mĂȘme la fonction spirituelle des cathĂ©drales qu'on ne regardera plus que comme des tĂ©moignages d'une architecture audacieuse.
Face Ă l'ampleur du mouvement de sĂ©cularisation qui frappe les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes, certains ont la tentation nostalgique de revenir au passĂ©. Comme si l'on pouvait le ressusciter ! La hiĂ©rarchie catholique se mĂ»re dans un conservatisme de bon aloi. Comme si conserver avait encore un sens au moment oĂč tout se transforme ! C'est d'un retour aux sources de l'enseignement, dĂ©pouillĂ© des artifices, que nous avons d'abord besoin. Or ce que demandent les prĂȘtres du diocĂšse de Rouen, c'est une Ă©glise vivante, ouverte sur le monde, fidĂšle Ă l'esprit plus qu'Ă la lettre, rejetant les aspects surannĂ©s d'un pseudo-dogme. Ils demandent par exemple la possibilitĂ© d'ordonner des femmes aussi bien que des hommes. C'est une Ă©lĂ©mentaire : comment diable (çà m'a Ă©chappĂ©) peut-on parler d'Ă©galitĂ© entre les sexes si l'on refuse aux unes ce qu'on rĂ©serve aux autres ? Ils demandent que l'on puisse ordonner des personnes mariĂ©es, sans pour autant remettre en cause le cĂ©libat des actuels prĂȘtres. En quoi la qualitĂ© de pĂšre ou de mĂšre de famille serait-elle incompatible avec le ministĂšre et le service de Dieu ? Enfin, dans le contexte actuel de pĂ©nurie, ils demandent que des laĂŻcs, formĂ©s, soient associĂ©s Ă la conduite des paroisses et notamment au prĂȘche. Sommes-nous incapables d'expliquer les Ecritures ? Pour moi, il n'y a lĂ rien que de sensĂ©. A l'occasion du synode, j'avais d'ailleurs proposĂ© de semblables mesures qui n'ont rien d'iconoclaste. Mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...Combien de temps encore la hiĂ©rarchie restera sourde, sinon aveugle, Ă ces nĂ©cessitĂ©s ?