Blog de Pierre Albertini

samedi 31 décembre 2011

Meilleure année 2012 !



L'année 2011 s'achève sur de mauvaises perspectives pour notre pays. La plus préoccupante, à mes yeux, est celle qui concerne l'emploi. Le chômage est en effet à son plus haut niveau depuis douze ans, il frappe aujourd'hui 4,5 millions de personnes. Depuis 2008, il a augmenté de 30 % et ce sont les plus de 50 ans et les jeunes qui en subissent les conséquences négatives. Au même moment, la situation plombée de nos finances publiques réduit les marges de manoeuvre des pouvoirs publics.
Seul, un traitement de choc pourra nous sortir de cette situation qui perdure depuis plus de trente ans. Il devra être inspiré par la recherche de l'efficacité à long terme et par une juste répartition des efforts demandés. Ce n'est pas le jour de l'évoquer mais on ne pourra pas faire l'économie d'une révision drastique des politiques publiques poursuivies jusqu'ici.
Dans ce contexte, est-il encore utile de former des voeux ? Certainement. Quoi qu'en disent les Cassandre, le pire n'est jamais sûr. Notre destin collectif nous appartient. Surtout en période de crise où nous devons préparer un monde nouveau, fait de partage, d'échange, de respect mutuel et de solidarité.
Dans cette perspective, je souhaite à chacun de trouver, dans l'année qui vient, toutes les joies simples que recèle la succession des jours.

jeudi 15 décembre 2011

M. Le Ministre, vous êtes dans l'erreur



Les professeurs doivent être évalués. Oui mais comment ?
Aujourd'hui, ils le sont de deux manières : par une évaluation pédagogique, réalisée certes trop rarement par des inspecteurs de la même discipline et par une évaluation administrative, effectuée par le chef d'établissement. Le Ministre Luc Chatel propose que les proviseurs et les principaux procèdent à un entretien d'évaluation portant également sur la qualité des cours dispensés. C'est un non-sens. Comment un chef d'établissement, mathématicien ou physicien, pourrait-il valablement juger de la discipline enseignée par un professeur de français, d'anglais ou d'histoire ? Déjà, la même tentative absurde avait été faite pour les professeurs d'université. Puis le Gouvernement avait reculé. J'aurais moi-même refusé catégoriquement que l'actuel président d'université, spécialiste d'optique, émette un quelconque jugement sur mon enseignement de droit constitutionnel. A l'inverse, je me sentirais incapable d'évaluer des collègues dans une discipline qui me serait étrangère.
Alors pourquoi persévérer dans l'erreur ? Je ne vois d'autre raison que l'obsession avec laquelle certains voudraient appliquer à l'Education nationale les méthodes de l'entreprise. Funeste conception ! M. Chatel était dans son rôle de DRH, chez l'Oréal, lorsqu'il pratiquait des entretiens d'évaluation. Mais l'Education nationale n'est pas (encore) une entreprise privée. L'évaluation des professeurs mérite certainement d'être améliorée mais pas par une transposition inadaptée de méthodes pratiquées ailleurs.
Si une telle réforme venait à s'appliquer, il conviendrait de l'abroger, prestement, dès le lendemain de l'élection présidentielle.

samedi 10 décembre 2011

Les petits pas du sommet européen



Au-delà des déclarations d'auto-satisfaction, qui sont la loi du genre, l'accord conclu à Bruxelles ne marque qu'une petite avancée dans la voie de la consolidation de l'Union européenne. La plus forte convergence se marque par la mise hors-jeu de la Grande-Bretagne : celle-ci tentait d'influer sur la zone euro alors même qu'elle refusait d'y adhérer pour mieux perpétuer l'existence de la City. Ce grand écart permanent prend fin et c'est salutaire. On peut regretter que la GB n'ait pas fait, depuis 1973, le choix de l'Europe mais on ne pouvait entretenir la fiction plus longtemps. Bon vent du large à nos amis et à leur Livre !

Mais cette clarification tardive ne renforce pas pour autant la zone euro. Sur ce point, les acquis du sommet de Bruxelles sont encore bien modestes. L'affirmation d'une plus grande discipline budgétaire est une bonne chose : les Etats sont depuis longtemps endettés au-delà du raisonnable et font peser sur les générations à venir de lourdes incertitudes. Mais la gouvernance européenne ne peut se limiter à la conclusion d'un accord inter-gouvernemental dont le texte est encore à rédiger. Les mécanismes de solidarité financière sont, eux, bien fragiles. Ainsi, le Fonds européen de stabilité financière ne dispose plus que de 250 milliards sur l'enveloppe qui lui était allouée (440 milliards). Une somme trop faible pour aider efficacement les pays aujourd'hui les plus menacés. Or les Etats ne se sont pas encore entendus sur le volume total à affecter au nouveau mécanisme de solidarité qui remplacera le premier. Seule certitude, les décisions d'aide ne seront plus prises désormais à l'unanimité (système très paralysant) mais à la majorité qualifiée de 85 % des votes. C'est un progrès certes. Mais, malgré les embrassades et les congratulations, le compte n'y est pas.