Le recul d'un cran de la France dans le classement d'une agence de notation ne mérite pas vraiment le tapage médiatique dont on nous abreuve depuis vendredi aprÚs-midi. Il était en réalité attendu depuis plusieurs mois et les marchés en avaient anticipé l'effet. L'écart de taux entre l'Allemagne et la France (le spread comme disent tous ceux qui se poussent du col) en est l'illustration la plus claire. Dans l'immédiat, il est peu probable que notre pays subisse une hausse sensible de taux. Ce dernier reste d'ailleurs historiquement bas. Mais si tel n'était pas le cas, nous pourrions ressentir de forts désagréments en 2012 et surtout les années suivantes. Il faut donc attendre avant de mesurer les conséquences de la dégradation subie.

En revanche, d'ores et dĂ©jĂ , le choc subi est, sur le plan politique, violent. Le PrĂ©sident qui se prĂ©sentait jusqu'ici comme le meilleur garant des intĂ©rĂȘts du pays est directement touchĂ©. Son changement de langage ne trompe personne. On ne peut pas proclamer successivement, avec un Ă©gal bonheur, que la conservation du triple A est essentielle puis en sous-estimer, depuis quelques jours, la perte. Le retour de bĂąton est inĂ©vitable.

Plus fondamentalement encore, ce que nos concitoyens ressentent le plus cruellement, c'est le décrochage avec l'Allemagne et l'impression persistante que la solidarité européenne a bien du mal à trouver la bonne riposte. Depuis le déclenchement de la crise grecque, l'Europe tourne en rond, bricole des plans de sauvetage inefficaces et diffÚre les grands choix sur son avenir. J'espÚre encore que ce déficit n'est pas définitif. En réalité, l'Europe sera politique (c'est-à-dire forte) ou elle ne sera plus.