dimanche 4 mai 2008
Par Pierre Albertini,
dimanche 4 mai 2008 à 17:47 :: General
Si l'on entend par commémoration, une cérémonie festive destinée à célébrer l'annversaire des événements de mai, la réponse, pour moi, est non. En revanche, si l'on entend par là un travail de mémoire et d'analyse, la réponse est, à l'évidence, oui. Les semaines du printemps 68 ont secoué les "pays postindustrialisés" comme on disait à l'époque et la France en particulier. Dans cette mesure, elles appartiennent à l'histoire de nos sociétés.
Des événements que j'ai observés, en tant qu' étudiant à l'époque, je retiens d'abord un formidable bouillonnement dans une France qui commençait à s'ennuyer, dix ans après le retour au pouvoir du général de Gaulle. Mai 68 fut à cet égard un grand vent de fraicheur. Le campus de Mont-Saint-Aignan était devenu un laboratoire d'idées, toujours généreuses, souvent utopiques. A la volonté de changer le monde, se mêlaient aussi des revendications plus prosaïques : le droit de fumer dans les amphis (!), la mixité dans les pavillons universitaires, jusque là séparés rigoureusement entre garçons et filles, le remplacement des examens terminaux par un contrôle continu des connaissances.
La discussion passionnée n'était pas exempte d'une forme d'humour, parfois involontaire. Je me rappelle ainsi avoir entendu un jeune étudiant barbu (devenu plus tard un de mes amis) apostropher ses camarades qu'il jugeait sans doute trop tièdes ou trop conformistes : "vous n'êtes que de pauvres petits-fils de riches". Un esprit facétieux avait placardé sur l'escalier conduisant à l'administration un écriteau vengeur :"interdit aux étudiants et aux chiens". Quant aux professeurs, regroupés alors sous l'expression péjorative de "mandarins", ils évoluaient entre des postures différentes. Les uns (peu nombreux en droit, plus nombreux en lettres) assistaient aux AG (lire assemblées générales, pratiquemment permanentes) et soutenaient le mouvement de contestation. D'autres tentaient de conserver une apparence de continuité, dans un océan d'improvisation. La plupart se tenaient à l'écart, attendant que revienne, progressivement, l'ordre ancien des choses.
S'il fallait esquisser un modeste bilan, je dirai que Mai 68 a d'abord été un révélateur des blocages et des conservatismes de la société française, qui n'ont guère disparu depuis. Au titre des aspects positifs, il a marqué l'irruption brutale des jeunes, jusqu'ici traités à part, dans le débat public. Il a aussi contribué à exalter l'aspiration à la liberté, à l'autonomie des individus, ce qui est paradoxal pour un mouvement communautaire. En fait, la révolution des moeurs l'a emporté sur la révolution tout court. Mais, comme toujours, le pendule qui n'atteint pas l'équilibre est allé trop loin. La règle, l'autorité, ce que l'on pourrait appeler l'ordre juste, en ont pris un sacré coup ! Les valeurs collectives se sont affaiblies, les institutions, qui méritaient sans doute d'être améliorées, ont subi un net discrédit. Dans son face à face avec l'Etat, le citoyen a-til gagné au change ? That's the question.
Rien n'en rend mieux compte que ce jugement de Paul Valéry, "le monde souffre de deux maux : l'ordre et le désordre".
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mardi 29 avril 2008
Par Pierre Albertini,
mardi 29 avril 2008 à 10:07 :: General
Que pensez-vous de ce jugement de Raymond Aron sur notre pays ?
"La France est un trop petit pays pour ce qu'elle a de grand et un trop grand pays pour ce qu'elle a de petit".
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vendredi 25 avril 2008
Par Pierre Albertini,
vendredi 25 avril 2008 à 22:30 :: General
"Que la France paraisse si souvent incapable de résoudre les problèmes qui lui sont posés par la vie : loger convenablement les citoyens, instruire et éduquer la jeunesse, équilibrer son budget et ses comptes, maintenir son armée, sa police, ses fonctionnaires au service de l'Etat (...), rassembler dans une estime commune et dans leur intérêt commun des masses ouvrières avides de promotion et une classe dirigeante consciente de ses responsabilités(...), que rien de tout cela ne paraisse possible, n'est-ce pas un monstrueux, un incompréhensible scandale ?"
Sans commentaire mais avec une précision utile : ces "Réflexions" sont extraites d'un billet signé pour Le Monde par Sirius (Hubert Beuve-Méry) le ...25 avril 1958.
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vendredi 18 avril 2008
Par Pierre Albertini,
vendredi 18 avril 2008 à 12:50 :: General
Le rapport du sénateur Larcher, ancien président de la Fédération hospitalière de France et bon connaisseur du sujet, vient d'être rendu public. Le Président de la République a confirmé, à Epinal, qu'il retiendrait l'essentiel de ses propositions pour une réforme de l'hôpital. Quels en sont les principaux enjeux ?
Le débat est engagé, il nous concerne tous. Aussi, je vous invite à y participer en exprimant votre point de vue, notamment au vu de l'exemple rouennais.
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dimanche 13 avril 2008
Par Pierre Albertini,
dimanche 13 avril 2008 à 13:01 :: General
Pierre Sibille, instituteur à Saint-Ex, nous a quittés. C'est pour moi le modèle du maître, aux connaissances encyclopédiques, soucieux de les transmettre, non pas mécaniquement mais avec la volonté de former des esprits libres et dans le respect absolu de la personnalité de chaque élève.
Curieux de tout, il aimait passionnément la nature et cultivait son jardin, dans tous les sens de l'expression. Il condamnait toute forme de violence à l'égard des hommes comme des animaux et enseignait sans cesse la beauté et la fragilité de notre terre. Habitant de longue date Grammont, dans une rue prédestinée (Henri II Plantagenêt) pour cet anglophile, il en connaissait toute l'histoire. Comme le disent les Africains, avec lui, c'est une bibliothèque qui disparaît. Ces dernières années, M.Sibille avait participé activement à la rénovation du quartier, il proposait d'ailleurs de donner à l'église Sainte-Catherine le nom de "Notre-Dame du Parc".
A la veille de sa mort, il se demandait ce que deviendrait son jardin après lui. Lors de l'inhumation, une de ses voisines nous a répondu qu'il continuerait d'exister, sous une autre forme.
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samedi 12 avril 2008
Par Pierre Albertini,
samedi 12 avril 2008 à 18:38 :: General
Après un hyperprésident, engagé sur tous les fronts et exposant même sa vie privée au-delà du raisonnable, voici un chef de l'Etat plus "classique", plus en retrait, au moins en apparence. Mais les deux postures successives n'évitent pas les couacs, que les commentateurs appellent, au gré de leur humeur, tantôt "cacophonie", tantôt "amateurisme" : le dernier numéro de Marianne perd tout sens de la mesure en paraphrasant le mot de "chienlit", utilisé par le général de Gaulle en mai 68. Chacun y va de son explication sur l'étrangeté du couple Président-Premier ministre, sur les mésententes au sein de l'équipe gouvernementale, sur l'inexpérience de certains ministres, sur la démobilisation des dép(i)tés frustrés de ne pas être associés aux grandes orientations. Il y a un peu de vrai dans tout cela.
Mais le fond du problème est, à mes yeux, ailleurs : dans le
hiatus entre le discours du candidat Sarkozy et la réalité de l'action publique, dix mois après. Sur quoi le candidat Sarkozy a-t-il été élu ? sur le retour de la volonté en politique (en opposition directe avec la double présidence Chirac), sur la croissance à libérer, sur le pouvoir d'achat à retrouver, sur l'autorité à restaurer. En bref, sur une forte espérance en un
redressement rapide du pays, à la manière de 1958.
Or, au printemps 2008, l'environnement économique ayant fortement limitéles marges d'action, de quoi parle-t-on, jour après jour ? d'un plan de réduction des dépenses publiques, y compris dans l'Education nationale et la santé, de la hausse des produits de base (pétrole, blé, lait, riz), d'éventuels reports d'engagements sociaux tels que le Revenu de Solidarité, de l'allongement programmé de la durée de cotisation-retraite...Il y a bien un décalage entre les attentes suscitées par l'élection de Nicolas Sarkozy et la perception actuelle des priorités gouvernementales. C'est la raison première du
désarroi du plus grand nombre et de la déception de beaucoup. C'est aussi la cause des tâtonnements répétitifs au sommet de l'Etat.
Quelle pédagogie a été mise en oeuvre pour expliquer cette inflexion nécessaire ? Qui a décrit aux Français l'ampleur de la crise financière, ses retombées sur l'économie et sur notre pays ? Au contraire, la communication gouvernementale s'est engluée dans des paroles lénifiantes puis s'est obstinée à ne pas parler de rigueur, niant une réalité différente perçue par nos concitoyens. Il est inutile d'espérer en un redresement significatif de la lisibilité et de la popularité de l'action gouvernementale tant que deux conditions n'auront pas été remplies :
-expliquer sans détours aux Français les
données du nouvel environnement international (financier et économique)
-reconnaître la nécessité d'une
correction temporaire de trajectoire et rejalonner l'action à venir sur deux ou trois ans, autour de priorités simples. C'est le cap que nos concitoyens ne perçoivent plus !
La France est difficilement gouvernable. Elle l'est moins encore lorsque ses dirigeants s'abstiennent de donner du sens à leur action. La discussion convenue sur la cacophonie, l'amateurisme ou l'inexpérience est une aimable façon d'amuser la galerie. Comme le fait, dans son registre, une opposition socialiste qui n'a rien gagné en crédibilité malgré sa victoire aux municipales. Il est urgent d'entreprendre la seule RGPP qui compte : la révision générale du parler (vrai) politique.
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mercredi 9 avril 2008
Par Pierre Albertini,
mercredi 9 avril 2008 à 17:10 :: General
La question du Tibet et des droits de l'homme en Chine, à quelques mois des JO, est tout sauf simple. L'erreur, commise au départ, a été de confier à Pékin l'organisation de ces Jeux, pour des raisons à la fois politiques et économiques. A l'époque, les dirigeants chinois, pour obtenir l'aval du CIO, avaient déclaré que cela faciliterait la promotion des droits de l'homme dans le pays. Cruelle désillusion aujourd'hui...
Face à ce problème, la France qui va prochainement présider l'Union européenne se cherche encore, dans une certaine confusion médiatique. Pour preuve ces deux déclarations, faites à quelques jours d'intervalle par Rama Yade et Nicolas Sarkozy : le samedi 5 avril, la Secrétaire d'Etat déclare à un journaliste du Monde que la présence présidentielle à la cérémonie d'ouverture des Jeux dépendra de "
trois conditions" : la fin des violences et la libération des prisonniers politiques, la lumière sur les événements au Tibet et l'ouverture du dialogue avec le daïli-lama. Pressée de questions, recadrée par le Ministre des Affaires Etrangères, Rama Yade assure n'avoir jamais utilisé le terme "conditions". Or, le mardi 8 avril, le Président de la République, lors d'un déplacement, affirme : " c'est en fonction de la reprise du dialogue (entre Pékin et le daïli-lama) que je déterminerai des
conditions de notre participation". Vous avez bien lu, on parle dans les deux cas de "conditions". Dans ce tohu-bohu, comprenne qui pourra !
Cela me fait songer à ce jugement porté sur Napoléon III que l'on disait tellement menteur que l'on ne pouvait pas croire le contraire de ce qu'il disait.
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Par Pierre Albertini,
mercredi 9 avril 2008 à 12:34 :: General
Je l'avoue, j'ai moi aussi cédé à la tentation d'aller voir ce film qui est en passe de battre tous les records d'affluence et pas seulement en France. D'où vient son succès ?
Il n'est pas dû à un scénario exceptionnel, à un jeu d'acteurs époustouflant ou à une mise en scène hors du commun. Le film puise au contraire son sujet dans la vie ordinaire dont la "banalité, écrivait Flaubert, est à faire mourir de tristesse" : il raconte les péripéties d'un receveur de la Poste et l'émoi de son couple, à l'idée de devoir passer deux ans dans l'"enfer du Nord", à Bergues très exactement. Ce n'est pas a priori d'une grande originalité !
L'écho rencontré vient, à mes yeux, d'ailleurs. Essentiellement, de la nostalgie qui accompagne, tout au long du film, la description des sentiments simples qui relient les acteurs : l'amitié, l'amour, la solidarité...Tout le contraire d'une intrigue complexe, à vous prendre la tête. On rit, beaucoup, des préjugés, des astuces, des mésaventures alcoolisées des personnages qui nous sont rapidement sympathiques car ils nous sont proches. Tout le contraire aussi d'une société du doute, à l'avenir incertain. C'est une France ordinaire mais généreuse qui nous est présentée et qu'on voudrait voir se perpétuer encore. Ce succès est aussi une revanche sur une critique bo-bo, d'inspiration parisienne, qui avait déjà dézingué "Les Choristes", au nom de valeurs esthétiques qu'elle tente d'imposer aux autres. Non Messieurs les beaux esprits. Le bouche à oreille reste le meilleur média, ne vous en déplaise. Vous êtes légitimes à encenser ou à condamner mais votre jugement ne fait pas, seul, l'opinion.
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vendredi 4 avril 2008
Par Pierre Albertini,
vendredi 4 avril 2008 à 12:14 :: General
Les bonnes idées finissent toujours par s'imposer...Quand j'ai proposé, il y a deux ans, la création d'une
communauté urbaine de plus de 500 000 habitants autour de Rouen, les réactions sont allées de l'approbation résolue (Franck Martin, président de la communauté d'agglomération Louviers-Val de Reuil, Joël Thoraval, ancien président de la communauté d'agglomération d'Elbeuf) au scepticisme prudent ou à l'hostilité affichée. La plupart des élus socialistes se répartissaient entre ces deux dernières postures. Variations sur un thème connu : "pourquoi pas ? mais le moment n'est pas encore venu". Aussi, pendant la campagne municipale, l'idée n'a été évoquée que par moi. Je pensais en effet, d'un point de vue démocratique, qu'il fallait annoncer la couleur avant les élections.
Depuis hier, avec l'élection sans surprise de Laurent Fabius, il n'y a plus de doute : nous sommes en route vers la transformation des communautés d'agglomération actuelles en une grande communauté urbaine de plus de 500 000 habitants. Et c'est bien ainsi. Les avantages de cette double extension - compétences et territoire- sont évidents à mes yeux :
-
échelle plus pertinente pour traiter les grands sujets (environnement, transport, développement économique, équipements structurants)
-
aide accrue de l'Etat dont la dotation de fonctionnement va presque doubler et permettra ainsi d'investir plus, au bénéfice des habitants
-
répartition plus claire des rôles entre la communauté, chargée des politiques d'aménagement et d'équipement, et les communes membres, plus investies dans les actions de proximité.
Il reste à déterminer le périmètre exact de la future communauté qui englobera au moins celles de Rouen, Elbeuf, Louviers-Val de Reuil et, c'est souhaitable, Barentin-Pavilly.
A suivre...avec un souhait : que l'on change ce nom ridicule d'"agglo de Rouen" en une appellation plus flatteuse. Je suggère "Rouen métropole".
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mercredi 2 avril 2008
Par Pierre Albertini,
mercredi 2 avril 2008 à 20:34 :: General
L'ampleur des dérives financières est porteuse de graves risques : elle pose la question de la régulation de la circulation des capitaux. L'ordre de grandeur est aujourd'hui de
9000 milliards de dollars de transactions par jour (dont la plupart à des fins spéculatives).Le développement des hedge funds est symptomatique de cette évolution.
Jusqu'Ã la fin des
années 60, le monde financier était plutôt stable : taux de change fixes, taux d'intérêt réglementés, ancrage sur l'or. Tout se modifie avec la sortie du dollar du Gold Exchange (étalon-or) et la fluctuation des monnaies et des taux d'intérêt. L'incertitude financière est devenue la règle, si l'on peut dire !
Les marchés financiers sont déconnectés de la réalité économique, c'est la course aux rendements à court terme, les titres se concentrent dans les mains des gestionnaires de fonds qui interviennent dans la stratégie des entreprises. "Ils vont tuer le capitalisme", s'écrie Claude Bébéar. Patrick Artus parle de son côté de "capitalisme sans projet".
Comment réguler ces mécanismes mondialisés ? aujourd'hui, on a dépassé le cap un peu naïf de l'autorégulation reposant sur l'éthique et la responsabilité individuelles des acteurs. Il ne s'agit pas de savoir si ces derniers en sont capables mais s'ils y ont intérêt. Les derniers événements permettent d'en douter. C'est une
régulation politique qui permettrait de réintroduire ordre et sens dans un marché déboussolé.
Quel niveau de régulation ? Sûrement pas national car trop étroit et voué à l'échec. Au moins européen, sinon mondial car la réponse doit être globale pour être efficace.
Quelle nature de régulation ? Au-delà de l'éthique individuelle,toujours souhaitable mais insuffisante, plusieurs pistes sont évoquées pour réintégrer les marchés dans le champ économique et politique :
- la
taxation (Ã l'image de la taxe Tobin)est la plus ancienne
-
l'encadrement des échanges (transparence, limitation des marges)
- la
surveillance des institutions financières (rôle accru des banques centrales, contrôle des prêts immobiliers et des compagnies d'assurance) comme vient de le proposer le Secrétaire d'Etat américain au Trésor, sans grande chance d'aboutir dans l'immédiat.
On reviendra sur ces divers aspects. Mais il est sûr que l'on n'échappera pas à un rééquilibrage de la rémunération respective du
capital et du
travail. Dans cette attente, le paiement régulier des pots cassés par les Etats incite-t-il vraiment les marchés à se corriger ?
Pour en savoir plus :
P. Artus-M.P. Virard : Le capitalisme est en train de s'autodétruire, La Découverte 2007
Cl. Bébéar-Ph. Manière : Ils vont tuer le capitalisme, Plon 2003
J. Peyrelevade : Le Capitalisme total, Seuil 2005
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lundi 31 mars 2008
Par Pierre Albertini,
lundi 31 mars 2008 à 22:08 :: General
Jean Nouvel est un architecte consacré, déjà recompensé par de nombreuses distinctions françaises et internationales. Il reçoit aujourd'hui le prix Pritzker considéré par la profession comme le Nobel de l'architecture. C'est le deuxième français à être ainsi couronné, après Christian de Portzamparc, en 1994.
Ses édifices sont une succession de créations originales, c'est pourquoi il n'y a pas de style Nouvel même s'il respecte des principes dont celui de l'adéquation au programme et du respect du contexte. Le jury qui vient de le couronner souligne ainsi son "insatiable envie d'expérimentation".
Les réalisations de Jean Nouvel ne laissent jamais indifférentes : personnellement, j'aime particulièrement la délicatesse de l'Institut du Monde arabe ou la modernité maîtrisée du Musée du quai Branly. Je suis en revanche moins séduit par la tour Agbar de Barcelone ou l'austère Tribunal de Nantes. Mais n'est-ce pas le propre des grands créateurs que de susciter des jugements contrastés ? Seule, la médiocrité génère l'indifférence.
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dimanche 30 mars 2008
Par Pierre Albertini,
dimanche 30 mars 2008 à 12:59 :: General
L'INSEE vient de publier les chiffres-clé des finances publiques de l'année 2007. C'est l'ocasion de faire le point sur la situation des comptes publics de notre pays.
Déficit : il s'établit à 50,6 milliards d'euros, soit
2,7 % du Produit Intérieur Brut. La prévision de 2,5 % est donc dépassée. Dans ces conditions, le retour à l'équilibre des comptes avant 2012 paraît largement compromis.
Dette : elle continue de progresser, sous l'effet notamment de la croissance des investissements des collectivités locales, pour représenter 1209 milliards d'euros, soit
64,2 % du PIB.
Prélèvements obligatoires : ils sont en baisse Ã
43,5 %, en raison des baisses d'impôt décidées pour les particuliers par le gouvernement précédent. Cet indice comme on le voit doit être interprété avec précaution car il peut varier, d'une année sur l'autre, en fonction du rendement des impôts.
Croissance : elle est inférieure, pour 2007, à la prévision budgétaire initiale :
1,9 % contre 2,25 attendus. Pour l'année en cours, la prévision de croissance vient d'être logiquement revue à la baisse (entre 1,7 et 1,9 %) par le ministère des finances.
Ces chiffres ne sont pas de nature à améliorer notre crédibilité auprès de nos partenaires européens. Depuis le pic de 2003, le déficit public, qui regroupe les comptes de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale, n'avait cessé de diminuer. Le mouvement est donc interrompu en 2007. Certes, il ne faut pas avoir le fétichisme de l'équilibre, à l'instant T, ce qui importe, c'est la tendance mais celle-ci ne réserve guère hélas de meilleures perspectives pour 2008. Les seules bonnes nouvelles sont ailleurs : la
réduction du chômage, descendu au-dessous du seuil de 8 %, et la
création d'emplois, encore assez soutenue l'an dernier (300 000). Le gouvernement refuse toujours de parler d'un plan de rigueur qui se traduirait par une augmentation des impôts et une réduction sensible de la dépense publique. A défaut, il lui faudra sans doute reporter ou "raboter" un certain nombre d'engagements pris ces derniers mois : revenu de solidarité active, Grenelle de l'environnement, amélioration des petites retraites...C'est la quadrature du cercle.
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vendredi 28 mars 2008
Par Pierre Albertini,
vendredi 28 mars 2008 à 17:48 :: General
Au delà des formes et des apparences, le voyage d'Etat du Président de la République chez nos voisins britanniques peut-il amorcer une relance de la construction européenne ?
L'avancée la plus probable concerne la
défense, sans laquelle l'Europe ne peut exister comme entité politique. C'est à Saint-Malo, en 1999, que la première impulsion avait été donnée conjointement par la Grande-Bretagne et par la France. Il faut aller plus loin. Non seulement, la protection par le bouclier américain n'est pas éternelle mais encore elle nous place sous la dépendance d'une hyper-puissance dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de l'Europe. Pour autant, l'exercice est difficile car une plus forte coopération franco-britannique, souhaitable, ne saurait passer par une acceptation pure et simple des règles actuelles de fonctionnement de l'OTAN dont la réforme, sans cesse évoquée est toujours remise à plus tard.
L'exercice est plus difficile encore sur les autres aspects (économiques, sociaux) de la construction européenne, diluée dans un ensemble encore trop disparate. Le rapprochement avec la Grande-Bretagne ne saurait évidemment exclure l'Allemagne dont la contribution à l'Europe compte à ce jour plus que celle de Londres. Et à supposer que ce ménage à trois puisse être équilibré, il importe qu'il ne se transforme pas en
triumvirat. Ce serait alors nos autres partenaires, plus petits mais plus nombreux qui, se sentant écartés des grandes décisions, risqueraient de rejeter ce mode nouveau de gouvernance.
Comme on le voit, les trois mois qui nous séparent de la présidence française, au 1er juillet, ne seront pas de trop pour convaincre...Le grand rendez-vous sera cependant
juin 2009 lorsqu'il s'agira d'élire le Parlement européen. J'appelle de mes voeux un grand débat public sur l'ambition et les priorités de l'Union. C'est à mes yeux le seul moyen de donner alors la parole aux citoyens à qui il appartient de dire si cette aventure doit se poursuivre et comment.
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lundi 24 mars 2008
Par Pierre Albertini,
lundi 24 mars 2008 à 11:15 :: General
Dans un petit essai, publié au Seuil en janvier 2008, la philosophe s'interroge sur le rôle de la compassion qui saisit désormais notre société. Aucun homme politique, quel que soit son bord, n'échappe à l'évocation de la souffrance des démunis, des déshérités, des exclus. Ce qui est en cause, pour l'auteur, ce n'est pas le fait d'éprouver et d'exprimer des sentiments. Bien au contraire : être touché par l'émotion est la condition d'une ouverture au monde. La juste colère comme le disaient déjà les Grecs est la marque d'une humanité. "Voir avec indifférence les siens outragés, c'est montrer une âme servile"(Aristote).
La question est de savoir si le déferlement compassionnel aide à l'élaboration d'une politique plus efficace. Pour M. Revault d'Allonnes, la réponse est négative. L'effusion des sentiments ne conduit pas à l'action, au contraire, elle amoindrit le discernement, elle est un substitut affaibli de ce que Max Weber appelait l'éthique de conviction. Peut-être même, est-elle un alibi pour ne rien faire. Car lorsqu'il s'agit de l'horreur, la sentimentalité ne la réduit pas. Le jugement est sévère comme on le voit. "La démocratie compassionnelle est une démocratie dévoyée", elle entrave la conscience des responsabilités. Elle favorise l'instantané, l'éphémère, elle ruine la construction d'une action dans la durée.
L'affaire d'Outreau illustre les ravages de cet emballement émotionnel. Dans un premier temps, la compassion pour les enfants victimes est portée à son comble, en raison de la grande peur de la pédophilie, et accable les parents indignes. Dans un second temps, c'est la compassion pour les accusés innocents qui l'emporte et conduit à rechercher un coupable (le juge Burgeau). Au final, que reste-t-il de cette "affaire" ? Certainement pas une justice réformée qui rende impossible la reproduction de tels errements.
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samedi 22 mars 2008
Par Pierre Albertini,
samedi 22 mars 2008 à 13:40 :: General
Quelques perles relevées cette semaine :
Se présentant comme l'anti-bling-bling, Laurent Fabius déclare tout de go à Paris Normandie, le 20 mars :
Mon image, ce n'est pas ce qui me préoccupe. Peut-être d'ailleurs ai-je tort de ne pas m'en soucier, compte tenu de l'air du temps
. Venant de l'inventeur du "tour de France à moto" déclarant à l'époque sa flamme pour les carottes rapées, l'auteur ne craint pas le ridicule. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages...
Après les paroles alambiquées des leaders de la majorité, au lendemain des municipales, Jean-François Copé a la franchise de reconnaître, dans le Figaro des 22-23 mars :
Nous venons de vivre une défaite. Le nier serait ridicule.
Enfin, un jugement lucide sur la vague rose qui a déferlé sur les villes...
Dans une analyse assez juste sur la situation française (Le Monde, 22 mars), Lionel Jospin ne peut s'empêcher de ponctuer son propos par une adresse aux militants socialistes ayant des allures de "je vous l'avais bien dit" :
Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politique indiscutables. Qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays.
Le TSS (Tout Sauf Ségolène) a bien commencé...
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