Jean-Michel Mongrédien
Le Melville entretient, Ã Rouen, la flamme fragile du
cinéma d'art et d'essai. Depuis plusieurs années, Jean-Michel Mongrédien et son équipe se battent, à la fois, pour obtenir des films d'auteur, les maintenir à l'affiche et pour bénéficier, comme c'est maintenant le cas dans beaucoup de villes, du concours financier des collectivités locales. Pour continuer à vivre, ces quatre salles, au coeur de Rouen, ont besoin de
80 000 euros par an. A partager en trois, cela ne représente qu'une somme modeste pour chacune des collectivités. Le rappport coût-spectateurs est on ne peut plus intéressant. Combien de subventions, autrement plus élevées, se perdent en actions dont l'intérêt est discutable !
Pilote depuis l'origine de ce concours financier, organisé par la loi, la ville de Rouen vient malheureusement de diminuer par deux son aide et s'oppose à sa reconduction par le conseil général et le conseil régional. Au nom du projet de reconstituer un nouveau pôle art et essai au Gaumont République qui va très bientôt fermer ses portes. C'est ici que le bât blesse. L'idée de faire vivre d'autres salles au centre ville est évidemment bonne. A condition que ne soit pas détruit ce qui existe. Or c'est précisément le danger que court le Melville dans les prochaines semaines. Si ses charges d'exploitation ne sont pas équilibrées par ses recettes, il
devra fermer, irrémédiablement. Ainsi partira en fumée le patient travail réalisé pendant tant d'années. Le
festival du cinéma nordique lui-même qui doit tout à J. M. Mongrédien peut aussi disparaître dans la tourmente...
Qui voudrait de ce scénario absurde ? Il est temps que la ville rétablisse sa subvention et accepte une discussion avec le Melville, avant de précipiter sa chute. Le projet de réouverture du Gaumont République est intéressant mais il doit prendre en compte l'existence, menacée, du Melville. Comment ? L'une des possibilités est de poursuivre l'exploitation du Gaumont dans la ligne cinématographique d'aujourd'hui (un cinéma grand public, également utile en centre ville). L'autre est de proposer une association du Melville à l'exploitation du Gaumont ainsi que nous l'avions envisagée au départ. Faute de revoir ce dossier avec intelligence, nous courons un
double risque : celui de voir fermé le Melville rapidement et celui de ne pas trouver ensuite d'exploitant sérieux pour le Gaumont. Nous perdrions alors sur les deux tableaux ! Ce serait lamentable pour le cinéma de centre ville et pour les films d'auteur.
A propos de film d'auteur, je recommande "Le ruban blanc" que j'ai vu, au Melville, cet après-midi. C'est un film rude. Mais Dieu que les images sont belles et donnent à réflechir sur les rapports parents-enfants, dans la société de l'Allemagne du nord, avant la guerre de 14. A côté du cinéma commercial, on a besoin aussi de films de cette qualité si on ne veut pas sombrer dans le plus total conformisme.