Blog de Pierre Albertini

jeudi 28 mai 2009

Elections européennes : les raisons d'une abstention massive



A dix jours du scrutin, l'abstention prévisible reste élevée. Les Français ne s'intéresseraient-ils pas à l'Europe ? Je ne le crois pas. Ils ont conscience que l'Union est désormais l'horizon naturel des peuples européens. Pour preuve, ils sont 39 % à déclarer qu'elle "protège plutôt" des effets de la crise, contre 27 % qu'elle "les aggrave". Pourquoi alors cette abstention massive, en France comme dans les autres pays ?

D'abord, il n'existe pas d'opinion publique européenne : celle-ci ne se cristallise que momentanément pour se dissiper aussitôt après. Ainsi, lors de l'invitation américaine à intervenir militairement en Irak, elle se mobilise pour dire son opposition. Plus près de nous, l'été dernier, elle réclame une régulation financière rapide pour conjurer l'effondrement du système bancaire. Mais quelques semaines après la survenue de ces crises, elle retrouve le cadre national qui est le sien. A quoi tient cette prise de distance ? A l'attitude des partis politiques et des médias qui ne portent à l'Europe qu'un intérêt épisodique. A l'Europe elle-même dont la communication dans les pays membres reste très modeste. Qui parle des dossiers en cours, des décisions prises et de leurs enjeux ? Le travail fait par les députés européens n'est pas en cause, c'est le système dans son ensemble qui est illisible ! Et pour compléter le tableau, les gouvernements eux-mêmes utilisent parfois l'Europe comme un bouc émissaire pour cacher leur double jeu ou leurs défaillances. Ainsi, il y a là de quoi nourrir le caractère volontiers hexagonal des Français.

La manière dont se comportent les leaders des partis, à l'approche du 7 juin, est tragicomique. Chacun espère dépasser l'autre ou, du moins, faire bonne figure. Où est l'Europe dans tout cela ? Plutôt que la mesure de leur influence réciproque, on préférerait qu'ils commentent l'actualité européenne : par exemple, la note présentée le 27 mai par la Commission pour superviser et contrôler les marchés. Est-ce trop leur demander ?

lundi 25 mai 2009

Elections européennes : le cas de la Turquie



L'hypothèse de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne suscite une intense polémique. Je verse au débat quelques éléments d'appréciation.

La Turquie est un pays de 68 millions d'habitants, occupant une position stratégique, entre la Méditerranée et la mer Noire, dans une zone de tensions permanentes. Qu'on en juge par ses frontières avec la Syrie, l'Irak, l'Iran mais aussi la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Depuis l'éclatement de l'URSS, c'est également un enjeu fort pour l'acheminement du pétrole produit autour de la Caspienne. Héritière de ce qui fut, jusqu'au XXe siècle, un vaste empire, la Turquie est en quasi-totalité musulmane mais se prévaut d'une conception laïque, depuis Mustapha Kémal (appelé Atatürk, le père des turcs).

Une négociation a été ouverte avec l'Union pour explorer les voies d'une adhésion éventuelle mais elle semble piétiner. les partisans les plus farouches de l'entrée de la Turquie dans l'union sont les Américains. Barack Obama, dans la ligne de G. Bush, a récemment confirmé l'importance qu'il y attachait. L'objectif des Etats-Unis est simple : arrimer la Turquie à l'Occident et s'appuyer ainsi sur un allié fidèle dans une zone géographique plus qu'instable. D'autres soulignent l'intérêt de démontrer que l'Occident n'est pas un ennemi de l'Islam. Ces arguments, pour respectables qu'ils soient, ne sont pas convaincants. D'abord, si la Turquie entrait dans l'Europe, rien ne justifierait la mise à l'écart de la Géorgie ou de l'Ukraine, par exemple, qui frappent avec insistance à la porte. Or l'élargissement sans limites n'est pas une fin en soi mais une fuite en avant, avec un risque de dilution d'un projet politique encore fragile. Ensuite, il existe des hypothèques que la Turquie n'a pas encore levées. La question kurde n'est pas des moindres : sur les 25 millions de kurdes, 15 vivent en Turquie, les autres se répartissent entre l'Irak et l'Iran. Or les rapports entre le PKK et Ankara, qui craint la contagion de l'autonomie relative des Kurdes en Irak, sont loin d'être stabilisés. En outre, le poids de l'armée en Turquie est encore important : ainsi, elle est intervenue à plusieurs reprises et de manière forte pour protéger l'héritage d'Atatürk et contre les Kurdes. Est-ce le propre d'une démocratie apaisée ? Enfin, le drame arménien est toujours présent dans la mémoire collective.

Personnellement, je ne crois pas que l'entrée de la Turquie dans l'Union, à vue humaine, soit une bonne chose. Mais rien n'est immuable comme l'histoire le démontre souvent.

Fêter la montée du FCR en National



Qui pourrait douter du caractère populaire du foot, à Rouen ? Samedi 16, les guichets, surpris par l'abondance des spectateurs, n'avaient plus assez de billets pour faire face à la demande...Alors, samedi prochain, pour fêter, devant son public, la montée en National, attendue depuis 2005, j'espère que les billets seront, cette fois, au rendez-vous. Je ne doute pas en effet que les tribunes seront largement remplies à cette occasion.

J'espère aussi que la ville de Rouen saura accompagner cette ascension du club. Le public a encore en mémoire les glorieux Diables rouges que toutes les équipes craignaient à Diochon. Nostalgie ? sans doute. Engouement pour le sport le plus populaire à Rouen ? sûrement. Bravo aux joueurs pour leur combativité retrouvée.

mardi 19 mai 2009

Refondation de l'université française


Un manifeste pour la refondation de l'université française vient d'être publié dans Le Monde. Je l'ai personnellement signé pour la raison suivante. Il propose une réflexion globale sur l'enseignement supérieur que la loi LRU de 2007 n'a entrevue qu'à travers le prisme de l'autonomie de gestion des établissements. Or, la question de la place, des missions et des moyens de l'université et de la recherche doit être posée à la nation tout entière. C'est à ce prix seulement que sera édifiée une université digne de ce nom.

http://petitions.alter.eu.org/index.php?petition=7

vendredi 15 mai 2009

Elections européennes : le coût net de l'Europe pour la France



Quel est le véritable coût de l'Union européenne pour les contribuables français ? On peut le calculer très simplement en faisant la balance entre notre contribution financière au budget de l'Union et le retour dont nous bénéficions de la part de Bruxelles.

Notre pays est en volume le deuxième contributeur de l'Union, après l'Allemagne : il fournit aujourd'hui 17 % du budget européen. En retour, c'est depuis quelques années le premier bénéficiaire, devant l'Espagne : les montants que nous recevons concernent essentiellement la PAC (politique agricole commune), les fonds structurels destinés à améliorer la cohésion et la formation ainsi que la pêche.

La direction de la comptabilité publique française établit chaque année le solde entre notre contribution et le retour financier dont nous bénéficions. Voici les derniers chiffres dont je dispose (année 2005) :
- contribution française : 17, 6 milliards d'euros
- montants reçus : 12,5 milliards d'euros.

Chiffres à méditer par tous ceux qui, de bonne ou de mauvaise foi, accablent l'Europe.

mercredi 13 mai 2009

Le Grand Paris : du bon ou du mauvais pour Rouen ?



Dans son discours du 29 avril, le président de la République a lancé des pistes pour le Grand Paris. 35 milliards d'euros pour les transports, 70 000 logements à construire, des règles d'urbanisme allégées pour la circonstance...de quoi faire rêver les urbanistes, les architectes et les promoteurs alléchés par cette perspective de redessiner la "ville-monde" et d'y construire à profusion. Entendons-nous bien ! Une réflexion sur le devenir de Paris est salutaire. Depuis les années 80, hormis les grands travaux présidentiels, une chape de plomb s'était posée sur la capitale, ruinant toute initiative de grande envergure.

Laissant aux parisiens ce qui appartient aux parisiens, je m'interroge sur les bienfaits et les dangers, pour Rouen , de cette approche qui n'est pas nouvelle d'ailleurs. Un schéma d'aménagement de la Basse-Seine, traitant des rapports avec la grande voisine, avait déjà été dressé à la fin des années 60.Une mission avait même été créée à la préfecture de notre ville. L'idée d'une liaison rapide entre Le Havre, Rouen et Paris doit être évidemment bien accueillie : nous souffrons depuis si longtemps d'un abandon par la SNCF pour récuser l'idée. De même, la valorisation portuaire, prenant appui sur Le Havre est bonne également. Au-delà, les choses sont plus discutables. Qui voudrait d'une continuité urbaine tout au long de la Seine, formant ainsi une mégapole ingérable ? Quelle serait alors, sinon l'identité, au moins l'autonomie de décision des villes satellites ? Sans doute, les portiques accueillant les conteneurs seront toujours au Havre. On voit mal comment les transporter ailleurs, même avec l'imagination débordante d'un nouvel Haussmann.

En revanche, pour l'industrie, les services, la culture, l'enseignement supérieur, le cadre de vie par exemple, quel sera le destin de Rouen et du Havre, sinon d'être des satellites du Grand Paris ? Il y a donc matière à inventaire. D'autant que les contours du Grand Paris et sa gouvernance ont été renvoyés après la fin du mandat. Et que dire des sommes nécessaires, notamment en matière de transports ? Elles ne se trouveront sans doute pas sous le sabot d'un cheval de la garde républicaine. A l'initiative présidentielle, la meilleure réponse, à mon sens, est celle que devrait faire la métropole normande : Caen-Le Havre-Rouen, capable de proposer des scénarios concrets, à l'échelle d'un million d'habitants. Coopérer étroitement avec Paris, dans un respect mutuel, oui ! Abandonner notre destin aux technocrates (quelle que soit leur origine), non !

L'outil de cette réponse coordonnée était "Normandie Métropole". Hélas, il a été précipitamment dissout en 2008, privant ainsi les trois villes d'un lieu de rencontre régulier. Ceux qui ont pris cette décision à courte vue devraient s'en mordre les doigts.

lundi 11 mai 2009

Elections européennes : le budget de l'Europe



Le sentiment à l'égard de l'Union européenne est ambivalent : elle est critiquée à la fois pour ses insuffisances (politique extérieure, défense, emploi, protection sociale) et pour ses interventions abusives (l'affaire du vin rosé en est la dernière illustration). Pour remettre les idées en place, quoi de plus utile que de rapeler ce qu'est le budget européen dont la plupart des électeurs n'ont aucune idée précise ?

Ce qui frappe d'abord, c'est la modestie de ce budget. En volume, pour 2008 : 128 milliards d'euros pour 27 Etats. Par comparaison, le budget de la France, pour la même année est de 355 milliards d'euros. Rappelons que le budget de l'Union est aujourd'hui plafonné à 1,24 % du revenu national brut européen.

Décomposition par grands postes de dépenses : cohésion : 47 milliards, dépenses agricoles : 41 milliards, compétitivité : 11 milliards (dont recherche : 6,1). Les autres postes sont très nettement inférieurs (coopération et aide humanitaire : 3 milliards, même somme pour la pré-adhésion et le voisinage européen). Cette répartition traduit certes l'évolution des politiques mises en oeuvre mais le coût de l'agriculture reste prégnant (c'est le premier poste de dépenses si l'on y ajoute le développement rural et la pêche).

Comment ce budget est-il financé ? Par trois grands types de recettes : la plus importante, et de loin, est la contribution des Etats, fondée sur leur richesse respective (67 % du budget). Viennent ensuite à parts égales les ressources de TVA, d'une part, les droits de douane, droits agricoles et cotisation sucre, d'autre part.

Prochain billet : combien l'Europe coûte réellement à la France ?

mardi 5 mai 2009

Elections européennes : les innovations du traité de Lisbonne



Outre leur complexité, les mécanismes de décision, dans l'Union européenne, méritent d'être améliorés à deux niveaux : la visibilité et la continuité dans l'action, le renforcement du caractère démocratique. On ne gouverne pas en effet un ensemble à 27 (bientôt à 30) comme à 6 ou même à 15. Le traité de Lisbonne, fruit d'un compromis, comporte quelques améliorations significatives mais aussi des imprécisions regrettables.

Il prévoit ainsi la création d'un président du Conseil européen dont le mandat est de 2 ans 1/2, renouvelable une fois et non cumulable avec un mandat national. On se rappelle l'observation ironique du président des Etats-Unis demandant à ses interlocuteurs "quel est le numéro de téléphone" du responsable de l'Europe. C'est évidemment un progrès mais les pouvoirs de ce président à venir sont modestes : animer le Conseil européen, en faciliter la cohésion, préparer ses travaux en liaison avec la Commission et le Conseil des ministres. Mais surtout, le partage avec le Haut représentant , autre innovation du traité, est particulièrement indécis. Ce dernier aura en effet en charge la politique extérieure et de sécurité commune et exercera ses fonctions au sein de la Commission dont il sera l'un des vice-présidents. Difficile de faire plus complexe !

Au sein du Conseil (des ministres), la principale modification concerne le calcul de la majorité qualifiée, à compter de 2014 : 55 % des membres, comprenant au moins 15 d'entre eux, et représentant au moins 65 % de la population. Cette règle compliquée est en réalité une tentative de conciliation entre grands (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Pologne), moyens et petits Etats.

A mes yeux, les apports majeurs du traité de Lisbonne concernent la Commission et le Parlement. Le président de la Commission dont le rôle personnel s'est affirmé au fil du temps sera élu par le Parlement, sur proposition du Conseil européen. Si le candidat proposé n'atteint pas la majorité, le Conseil devra en proposer un autre, soumis à la même procédure. Ainsi, un concours est exigé entre les deux institutions, ce qui devrait renforcer la légitimité du futur président. Après l'élection de celui-ci, le Haut représentant et les autres membres de la Commission sont soumis globalement à un vote d'approbation par le Parlement. Même si ces dispositions ne seront pas applicables dès l'été prochain, on comprend les manoeuvres et les spéculations qui entourent déjà la reconduction éventuelle de M. Barroso ou le choix d'une autre personnalité. Les résultats de l'élection du 7 juin seront importants à cet égard. Notons aussi qu'à compter de 2014, l'effectif de la Commission sera réduit, en principe, aux 2/3 des Etats membres. Enfin, le traité de Lisbonne fera du Parlement (dont l'effectif est plafonné définitivement à 751 membres) un colégislateur, d'égal à égal avec le Conseil. Une raison supplémentaire d'aller voter le 7 juin !

Présenté comme "simplifié", le traité de Lisbonne ne l'est pas vraiment. Il rappelle la définition que Clémenceau donnait du chameau : "c'est un cheval dessiné par une commission". Néanmoins, il devrait améliorer, s'il entre en vigueur, le fonctionnement interne de l'Union.